Idées activités enfants
Le bal masqué de la princesse Lila
Dans un royaume lointain où les fontaines chantaient faux exprès pour faire rire les passants, la princesse Lila préparait un bal masqué comme on n’en avait jamais vu.

Il était une fois, au château des Mille Portes, une princesse nommée Lila qui adorait les surprises plus que les couronnes. Pour son anniversaire, elle avait décrété: bal masqué obligatoire. Le roi, son père, avait applaudi si fort que sa moustache avait frétillé comme un poisson. La reine, elle, avait soupiré: elle craignait que les invités ne se reconnaissent plus et se serrent la main… avec les pieds.
Dans la grande salle, les lustres scintillaient, les tapis rouges ronronnaient presque, et les cuisiniers empilaient des choux à la crème en forme de nuages. Lila tournait sur elle-même, éventail à la main, en répétant: « Un bal sans mystère, c’est une soupe sans sel. » Mais au même instant, un détail lui glaça le rire: le coffre des masques, celui qui contenait les plus beaux modèles, était vide comme une bourse de lutin distrait.

Lila se pencha au bord du coffre, comme si les masques pouvaient avoir glissé derrière un coin d’ombre. Rien. Pas même un nez en carton. « Qui a osé voler mon mystère? » murmura-t-elle. Alors, une petite voix s’éleva derrière une tenture: « Peut-être un mystère qui s’ennuyait tout seul. »
C’était Milo, le fils du jardinier, connu pour grimper aux arbres afin de leur demander poliment de laisser tomber des pommes. Il avait vu, au matin, une traînée de paillettes filer vers la forêt enchantée. Lila plissa les yeux: la forêt abritait des champignons qui racontaient des blagues et des ruisseaux qui changeaient de direction par caprice.
Sans attendre, elle attrapa une cape légère. Milo ajusta sa besace. Et tous deux se jurèrent de revenir avant le premier morceau de musique, car un bal sans masques, c’était comme un dragon sans hoquet: impensable.

Dans la forêt enchantée, les arbres portaient des feuilles en forme de plumes, et le vent faisait des révérences. Au détour d’un sentier, une lueur bleue clignota, puis une fée apparut, minuscule et très sûre d’elle, comme si elle avait rendez-vous avec le monde entier. « Je suis la fée Paillette, spécialiste des objets perdus et des chaussettes fugueuses », annonça-t-elle.
Lila expliqua le vol. Milo montra la traînée brillante. La fée hocha la tête, puis déclara la règle du pays: « Pour retrouver ce qui a disparu, il faut réussir trois épreuves, et répéter trois fois la formule: Paille, plume et lumière, rends ce qui fut pris sans bruit. »
Première épreuve: répondre à l’énigme d’un caillou bavard. Le caillou demanda: « Qu’est-ce qui cache tout sans rien enfermer? » Lila sourit: « Un masque. » Le caillou, vexé d’être compris si vite, roula de côté pour laisser passer.

Deuxième épreuve: traverser le pont des chatouilles, un vieux pont de lianes qui riait dès qu’on posait le pied dessus. Milo posa un orteil: le pont éclata d’un rire si contagieux qu’il dut se tenir le ventre. Lila, elle, tenta une démarche royale. Mauvaise idée: le pont la chatouilla sous les semelles, et sa dignité faillit tomber dans le ruisseau.
« On ne gagne pas contre un pont en faisant la statue », gloussa la fée. « On gagne en ruse. » Milo sortit alors une plume de sa poche, et, très sérieusement, chatouilla le pont en retour. Surpris, le pont se tut, comme un farceur à qui l’on a volé la blague. Ils passèrent en répétant, une fois, puis deux, puis trois: Paille, plume et lumière, rends ce qui fut pris sans bruit.
De l’autre côté, un bruit de reniflement se fit entendre, suivi d’un petit éternuement… parfumé à la vanille.

Au pied d’un rocher creusé comme une petite grotte, ils trouvèrent Gribouille, un dragonnet vert menthe, assis sur une montagne de masques. Il en portait trois à la fois: un sur le museau, un sur le front, et un sur la queue, ce qui était un exploit tout à fait inutile. « Je ne vole pas! » protesta-t-il. « Je… je collectionne les visages, parce que le mien éternue quand je suis timide. Atchoum vanille! »
Lila s’approcha sans se fâcher. « Gribouille, tu n’as pas besoin de dix masques pour être invité. Au bal, le but est de jouer, pas de se cacher pour toujours. » Milo ajouta: « Et si tu veux, on peut te fabriquer un masque spécial, qui laisse passer les éternuements sans catastrophe. »
La fée fit tournoyer sa baguette, et la formule fut répétée une dernière fois. Les masques se rangèrent d’eux-mêmes dans un panier, bien sages. Gribouille, soulagé, accepta de rendre le tout, à condition d’être le maître des salutations rigolotes au bal. Et l’on raconte encore que, ce soir-là, le dragonnet apprit à rire de sa timidité, sans se cacher derrière trois nez d’emprunt.
La morale de l’histoire
Morale: la ruse et la gentillesse ouvrent plus de portes que la colère. Quand on ose dire ce que l’on ressent, on n’a plus besoin de se cacher derrière mille masques pour être accepté.
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